Une traversée de La Réunion à pied demande plus qu’une bonne paire de chaussures. Le GR R2 relie Saint-Denis au sud de l’île en passant par Mafate, Cilaos, les hauts plateaux et les paysages volcaniques du Piton de la Fournaise. Je vous donne ici les repères essentiels pour comprendre l’itinéraire, évaluer sa difficulté, choisir la bonne période et préparer une randonnée agréable, y compris après 60 ans.
Les repères essentiels avant de partir
- Distance : environ 130 à 150 kilomètres selon le tracé et les variantes.
- Durée réaliste : 9 à 12 jours pour marcher sans transformer chaque étape en épreuve.
- Départ et arrivée : de La Providence à Saint-Denis jusqu’à Basse-Vallée, à Saint-Philippe.
- Difficulté : soutenue à très soutenue, avec des montées et descentes parfois supérieures à 1 000 mètres.
- Hébergement : gîtes de montagne à réserver longtemps à l’avance, surtout pendant la saison sèche.

À quoi ressemble la grande traversée de La Réunion
Le GR R2 est un itinéraire de grande randonnée nord-sud qui traverse l’île de La Réunion dans sa plus grande diagonale. Le départ classique se situe à La Providence, dans les hauteurs de Saint-Denis, et l’arrivée se fait vers Basse-Vallée ou Le Baril, sur la commune de Saint-Philippe.
Ce qui rend ce parcours exceptionnel, c’est la variété des paysages réunis sur une seule traversée. On passe de la forêt humide aux remparts de Mafate, des pentes minérales de Cilaos aux pâturages de la Plaine des Cafres, puis aux coulées de lave et aux panoramas du volcan.
La distance paraît raisonnable sur une carte, mais elle ne dit pas tout. Le sentier enchaîne des montées raides, des descentes longues et des passages techniques. La Fédération française de la randonnée pédestre présente d’ailleurs cette traversée comme un itinéraire majeur de l’île, à préparer comme un véritable trek de montagne.
Il ne faut pas confondre cette randonnée avec le GR 2 qui suit la Seine en métropole. Ici, le relief, le climat tropical et l’isolement de certains secteurs imposent une organisation beaucoup plus rigoureuse.
Les secteurs qui demandent le plus d’attention
Le parcours n’a pas la même difficulté du premier au dernier jour. À mes yeux, la meilleure façon de le comprendre consiste à le découper en grands secteurs plutôt qu’à retenir uniquement un nombre de kilomètres.
| Secteur | Ce que l’on traverse | Point de vigilance |
|---|---|---|
| Saint-Denis à Roche Écrite | Forêt des hauts et montée régulière | Un départ exigeant avec environ 1 700 mètres de dénivelé positif selon le point de départ |
| Roche Écrite à Mafate | Remparts, îlets et sentiers escarpés | Passages glissants, vertige possible et ravitaillement limité |
| Mafate à Cilaos | Cirque de Mafate, col du Taïbit et pentes de Cilaos | Longues descentes et remontées qui sollicitent fortement les genoux |
| Cilaos aux hauts plateaux | Forêts d’altitude, pâturages et zones fraîches | Écart important entre la chaleur des vallées et le froid en altitude |
| Plaine des Cafres au volcan | Terrains ouverts, landes et paysages volcaniques | Vent, brouillard, absence d’ombre et étapes parfois longues |
| Volcan à Basse-Vallée | Coulées de lave et descente vers le sud sauvage | Fatigue accumulée et descente très éprouvante pour les articulations |
Le passage par Mafate et Cilaos constitue le cœur montagnard de l’aventure. Mafate n’est pas desservi par une route classique, ce qui renforce son caractère sauvage, mais signifie aussi qu’un oubli de nourriture ou de matériel se corrige difficilement.
Certains marcheurs ajoutent des variantes ou des détours, notamment vers le Piton des Neiges. C’est magnifique, mais ce supplément peut transformer une journée déjà longue en étape de plus de 10 heures. Je conseille de ne l’ajouter que si le groupe garde une marge d’énergie et si la météo reste stable.
Quel niveau faut-il pour réussir l’itinéraire
La difficulté vient moins de la distance totale que de la répétition des efforts. Une journée de 12 kilomètres avec 1 200 mètres de montée et 1 000 mètres de descente peut être bien plus fatigante qu’une étape plate de 20 kilomètres.
Pour un senior habitué à la marche en montagne, le parcours reste envisageable avec un découpage prudent. En revanche, je le déconseille à une personne qui pratique seulement des promenades tranquilles de quelques kilomètres. Il faut pouvoir marcher plusieurs jours de suite, porter un sac et récupérer rapidement pendant la nuit.
Le bon test avant le départ
Un mois ou deux avant la traversée, je recommande de réaliser au moins deux randonnées consécutives de 5 à 7 heures, avec un dénivelé de 600 à 900 mètres. Si les jambes restent douloureuses pendant plusieurs jours, il faudra alléger les étapes ou prévoir une assistance logistique.
Les bâtons sont particulièrement utiles dans les descentes et sur les terrains humides. Ils ne remplacent pas l’équilibre, mais ils réduisent nettement les chocs sur les genoux. Des chaussures déjà portées, avec une semelle accrocheuse, sont préférables à un modèle neuf utilisé pour la première fois sur l’île.
Un découpage plus confortable
La traversée peut être annoncée en 5 à 7 jours par des randonneurs très entraînés. Pour la majorité des marcheurs, 10 à 12 jours offrent un meilleur équilibre. On marche moins vite, on profite des paysages et l’on conserve une réserve en cas de pluie ou de sentier dégradé.
Je préfère également prévoir une journée tampon ou une nuit supplémentaire à Cilaos. Ce choix paraît peu spectaculaire sur le papier, mais il évite de poursuivre coûte que coûte lorsqu’une douleur, une météo défavorable ou une fermeture temporaire perturbe le programme.
Comment préparer les nuits, l’eau et le ravitaillement
La plupart des étapes s’organisent autour des gîtes de montagne. Le confort est variable, avec des dortoirs, des sanitaires communs et parfois des repas sur réservation. Le refuge de la Roche Écrite dispose par exemple d’une capacité d’environ 40 personnes, mais les places peuvent partir rapidement.
Les tarifs changent selon l’établissement et la formule choisie. À titre indicatif, une nuit en dortoir se situe souvent autour de 20 à 25 euros, tandis qu’une demi-pension peut dépasser 45 euros et atteindre davantage dans certains gîtes isolés. Il faut confirmer les prix au moment de réserver, car les prestations et les périodes tarifaires évoluent.
Je conseille de réserver toutes les nuits avant l’arrivée sur l’île. Les hébergements de Mafate, du Piton des Neiges et du volcan sont les plus sensibles au remplissage. Une réservation écrite, les horaires d’arrivée et les conditions d’annulation doivent être conservés dans le téléphone et sur papier.
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La gestion de l’eau
Les points d’eau ne sont pas réguliers et une source peut devenir trouble après de fortes pluies. Prévoyez une capacité totale de 1,5 à 2 litres par personne, davantage pour les secteurs chauds et exposés. Une gourde filtrante ou des pastilles de traitement ajoutent une sécurité utile, surtout lorsque l’origine de l’eau n’est pas clairement indiquée.
Dans les îlets de Mafate, les petites épiceries et tables d’hôtes ne fonctionnent pas comme un supermarché. Les horaires sont limités et les stocks dépendent de l’approvisionnement. Il est préférable de transporter quelques encas denses, comme des fruits secs, des barres céréalières ou du fromage emballé.
Quel équipement choisir pour une randonnée confortable
Un sac trop lourd gâche rapidement le plaisir de la traversée. Avec des nuits en gîte, je viserais un sac de 8 à 12 kilos, eau comprise, en limitant les vêtements de rechange et les objets qui ne servent qu’une fois.
- Chaussures de randonnée déjà rodées et adaptées aux terrains humides.
- Veste imperméable réellement respirante, pas seulement un coupe-vent.
- Vêtement chaud pour les nuits au-dessus de 1 500 mètres.
- Deux paires de chaussettes techniques et un sac étanche pour les affaires sèches.
- Lampe frontale, batterie externe, trousse de premiers soins et couverture de survie.
- Carte hors ligne et trace GPS, sans dépendre uniquement du réseau téléphonique.
- Crème solaire, lunettes, chapeau et répulsif contre les insectes.
La météo réunionnaise peut changer très vite. Dans une même journée, on peut transpirer dans les bas, subir une averse dans la forêt et avoir froid sur un plateau. Le système des trois couches, avec une couche respirante, une couche chaude et une protection contre la pluie, est plus pratique qu’un gros vêtement unique.
Le Parc national de La Réunion rappelle aussi l’importance de rapporter ses déchets, y compris les restes alimentaires. Cette règle protège une biodiversité fragile, notamment les oiseaux endémiques des hauts. Dans les zones isolées, chaque emballage transporté doit donc repartir dans le sac.
Quelle période choisir et quelles précautions prendre
La période généralement la plus agréable s’étend d’avril ou mai à octobre, pendant la saison plus sèche. Les nuits peuvent toutefois être fraîches en altitude, et les matinées nuageuses ne garantissent pas toujours une mauvaise journée.
Entre novembre et avril, les pluies sont souvent plus marquées et le risque cyclonique augmente. Cela ne rend pas toute randonnée impossible, mais les ravines peuvent gonfler rapidement et certains passages deviennent glissants ou impraticables. Je déconseille de maintenir une étape simplement parce qu’elle était prévue sur le calendrier.
Avant chaque départ, il faut vérifier la météo locale, l’état des sentiers et les éventuelles fermetures auprès des organismes compétents. Une information ancienne sur un blog ou une trace GPS téléchargée plusieurs mois auparavant ne suffit pas, car les éboulis, les crues et les travaux peuvent modifier l’accès.
Enfin, prévenez un proche de l’itinéraire prévu et des hébergements réservés. En cas de problème, cette personne doit savoir quand donner l’alerte. Pour un départ en solo, un dispositif de localisation ou une balise peut apporter une sécurité supplémentaire dans les secteurs sans réseau.
La bonne manière de profiter de cette traversée
Cette randonnée récompense les marcheurs qui acceptent de ralentir. Les plus beaux souvenirs ne viennent pas forcément de l’étape la plus longue, mais d’un lever de soleil au-dessus d’un cirque, d’un repas partagé dans un îlet ou d’une pause silencieuse face aux coulées de lave.
Pour un premier séjour, je recommande un itinéraire de 10 à 12 jours, des nuits réservées à l’avance et un sac aussi léger que possible. Avec une préparation progressive, une marge météo et une attention particulière aux genoux et à l’hydratation, la traversée devient une expérience riche, exigeante, mais parfaitement accessible à un randonneur senior bien entraîné.